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Editorial du n°142 : Quelle place pour l’artillerie et les artilleurs
 

QUELLE PLACE POUR L’ARTILLERIE ET LES ARTILLEURS ?

Les études dans le cadre de la rédaction du Livre Blanc sur la Défense et la Sécurité Nationale sont en cours. A cette occasion, on peut se demander quelle devrait être la place de l’artillerie et des artilleurs dans la nouvelle organisation des forces qui devrait en résulter ?

Un constat tout d’abord :

Depuis plusieurs années, l’artillerie a "participé" largement à la réduction du format des forces :

  • L’artillerie sol/air a perdu tous ses régiments sauf un et le missile ASMP est actuellement servi par l’Armée de l’air.
  • L’artillerie sol/sol a préservé une centaine de tubes. L’arrivée du Caesar avec son environnement a montré toute son efficacité, notamment en Afghanistan.
  • Le Lance Roquette Unitaire LRU, dont un seul régiment sera équipé, résoudra en partie la question de la permanence des feux de haute précision dans la profondeur, ce que l’armée de l’air ne pouvait assurer à elle seule dans des conditions suffisantes de disponibilité et de maîtrise des effets collatéraux. La mise en service opérationnelle de cette composante constituera très prochainement un défi de première importance pour les Forces terrestres qui n’imaginent pas que l’artillerie puisse connaître des difficultés à atteindre l’efficacité opérationnelle dans les meilleurs délais.
  • L’artillerie renseignement s’est bien positionnée grâce aux drones et son Régiment de mise en œuvre, intégré dans la Brigade de Renseignement et aux Batteries de Renseignements de Brigade BRB, insérées dans chaque Régiment d’artillerie de Brigade.
  • N’oublions pas, enfin, la géographie et son Groupement, inséré lui aussi, dans la Brigade de Renseignement.

Mais qu’en est-il des artilleurs ?

Nous les trouvons plus fréquemment que les autres dans des fonctions organiques, et les généraux issus de l’arme sont sous-représentés au regard d’autres armes.

Ce constat global, que l’on pourrait qualifier de mitigé, nous amène donc à quelques observations quant à l’avenir.

L’artillerie doit toujours être examinée dans ses trois composantes Sol/sol, Sol/Air et Renseignement qui constituent une partie fondamentale de la fonction Appui . Chacune des composantes doit trouver sa place en fonction de la mission donnée à la Force engagée et de la menace du moment ou prévisible à court ou moyen terme.

Cette artillerie est servie par des personnels qui ont reçu une formation en conformité avec les missions qu’ils devront accomplir. Elles exigent rigueur, connaissance et maîtrise parfaites des effets des armes et des munitions servies, sens de la synthèse et de la mission globale, contact humain pour l’expression des besoins, précision, vision d’ensemble, ouverture sur les autres.

Ces qualités foncières qui ont fait la renommée des artilleurs se sont parfois transformées en handicap car elles peuvent donner une image d’un artilleur technicien, par trop appliqué, voire besogneux.

Ce sont cependant des qualités sur lesquelles le commandement doit pouvoir compter sans défaillance, en sachant les exploiter pour confier à l’artillerie et aux artilleurs des missions qui montent en puissance comme la coordination 3D. Celle-ci doit rester à l’artillerie, donc à l’Armée de terre, pour des raisons tactiques de bon sens car la conduite du combat terrestre (donc la coordination de ses feux d’appuis d’où qu’ils viennent) doit rester sous la responsabilité des forces terrestres. Mais l’artilleur a aussi, au moins autant que les autres, toutes les qualités pour servir en État-major et dans des fonctions relevant de "l’approche globale" comme les actions civilo-militaires et les actions psychologiques indispensables dans tous les engagements du type de ceux que nous avons vécus au cours de ces dernières années.

N’oublions pas, enfin, que les systèmes servis par les artilleurs sont ceux qui préserveront aussi la sécurité, donc la vie de nos soldats déployés en opérations. La "protection de la Force" n’est pas un vain mot et ceux d’Afghanistan peuvent en témoigner, dans l’armée française comme chez nos grands alliés.

La protection n’est pas qu’une affaire de blindage. C’est aussi le renseignement de contact fourni par les BRB dont les matériels doivent être portés au niveau de suffisance et modernisés en bénéficiant de ce que la haute technologie nous apporte. La protection, c’est aussi l’appui feu Sol/Air et Sol/sol avec sa recherche de précision et de permanence. C’est enfin, le renseignement de théâtre et ses drones, qui participe à la manœuvre interarmées et qui doit demeurer au sein des forces terrestres. Le développement des drones est un enjeu considérable pour les armées et l’industrie de défense françaises, c’est un créneau dont l’artillerie de l’Armée de terre ne peut pas se désintéresser, bien au contraire.

Les premières études sur la menace, pour la rédaction du Livre Blanc, se focalisent, entre autres, sur le terrorisme. Ainsi, au cours des prochaines années nos forces devraient être employées dans des opérations de type Afghanistan ou autre Libye. Déjà une intervention au Mali se profile à l’horizon.

La vie de nos hommes est de plus en plus précieuse et l’acceptation du sacrifice suprême, n’a plus la même intensité lorsqu’il s’agit d’une opération extérieure dont les contours ne sont pas toujours définis, voire compris. Dès lors, l’artillerie a toute sa place pour limiter autant que faire se peut, les morts en opérations, qui impactent douloureusement les familles, les frères d’arme et le moral de nos unités et la nation toute entière.

Pour redonner à notre arme et à ceux qui la servent le panache et la place qui leur reviennent au sein des forces, il est urgent que tous les artilleurs se mobilisent et se fassent entendre.

C’est en effet ainsi que nous amèneront nos décideurs politiques à cette prise de conscience, eux qui décideront, en dernier ressort, de l’avenir de nos capacités.

Général de division (2s) Jean Pierre Meyer

Président de la FNA






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Fédération Nationale de l'Artillerie